La reconnaissance du droit à l’eau est la première étape d’un long combat dont l’objet est de garantir aux plus démunis l’accès à cette ressource essentielle. Dans un pays sahélien, où plus de la moitié de la population vit d’une agriculture pluviale, l’investissement dans la maîtrise de l’eau constitue un enjeu majeur.
Les principes fondateurs du droit à l’eau et à l’assainissement ont été élaborés par un Sénégalais, Me El Hadj Guisse, rapporteur spécial auprès du secrétaire général des Nations Unies en 2005.
Au-delà de l’accès à l’eau potable,
Le droit à l’eau pose le problème de l’équité dans l’accès aux ressources en eau, et aux investissements réalisés pour leur mobilisation, notamment dans le domaine de la production agricole.
Ainsi le rapport intitulé « l’eau, l’agriculture, l’alimentation », publié par la FAO en 2004, inclut une annexe intitulée « Le droit à une alimentation suffisante et le droit à l’eau » qui donne les orientations suivantes :
- Le droit à l’alimentation exige qu’un accès durable aux ressources en eau soit garanti à l’agriculture. Il faudrait veiller à ce que les agriculteurs défavorisés et marginalisés, y compris les agricultrices, bénéficient d’un accès équitable à l’eau et aux systèmes de gestion de l’eau, y compris la récupération durable des eaux de pluie et l’irrigation.
- Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels prévoyant qu’il ne faut pas priver une population de ses propres moyens de subsistance (art. 1), il faut également faire le nécessaire pour maintenir l’accès à l’eau pour l’agriculture de subsistance et pour assurer les moyens d’existence des peuples autochtones.
- En cas d’utilisations concurrentielles, la priorité d’attribution doit être accordée au droit à l’eau pour les utilisations personnelles et domestiques ainsi que pour la prévention des famines et des maladies.
Or que constate-t-on ?
Au Sénégal, la presque totalité des investissements dans la maîtrise de l’eau cible l’aménagement de périmètres irrigués dans la vallée du fleuve Sénégal. Certes, l’eau y est abondante et les espaces sont immenses, mais :
- L’irrigation par submersion, pour produire du riz dans un environnement sahélien, est un non sens, la plus grande partie de l’eau pompée s’évaporant.
- Relever de l’eau à plus de 10m de profondeur, ce qui est le cas dans toute la moyenne vallée du Sénégal, est très coûteux : les périmètres irrigués villageois ne sont pas viables, les paysans n’ont pas les moyens de les entretenir ni de renouveler les équipements de pompage, alors chaque année on perd pratiquement autant de surface cultivée que l’on en aménage.
Mais parallèlement on n’investit très peu dans la maîtrise des eaux de ruissellement, et pas du tout dans des aménagements de bassins versants qui permettraient de forcer l’infiltration des eaux de pluies et de de maintenir des cultures de céréales traditionnelles dans la vallée du Ferlo et dans le centre du Sénégal où réside une population qui y a développé d’immenses savoir-faire.
Comment parler de décentralisation si on ne permet pas aux populations de vivre du travail de la terre ? Comment atteindre l’autosuffisance alimentaire si on ne valorise pas les plats à base de céréales traditionnelles ?