Au moment où la plupart des projets agroindustriels de production de Jatropha au Sénégal abandonnent, la société NEO fait montre d’un optimisme qui interroge. A moins que ce ne soit un baroud d’honneur avant que, elle aussi, ne se retire.
Les difficultés sont en effet nombreuses : la maîtrise de cette culture n’est pas simple et en tout cas, si elle est certainement très résistante, elle se contente de végéter sur des sols pauvres ; la commercialisation de l’huile se heurte à la lenteur de la mise en place d’un cadre institutionnel qui doit clarifier entre autre les contraintes de qualité et la fiscalité de la filière ; nombre d’investisseurs se sont heurtés à des conflits fonciers parfois très violents.
Les questions que l’on se pose sont donc celles-ci :
1. Comment se justifie un investissement de 1.5 milliard de FCFA, alors qu’il n’existe encore aucune production pour alimenter ses presses ? qu’elle doit faire venir des graines entre autres du Mali, où les opérateurs de la filière eux-mêmes disent ne pas en disposer suffisamment ?
2. L’investissement qu’elle prétend mobiliser, de 6.6 milliards de FCFA, représente 660.000 FCFA par ha de terres dites « marginales » destinées à être plantées en jatropha. Or avec la moitié de cet investissement, on aurait pu restaurer la fertilité de ces sols et renforcer la production vivrière.
3. Que gagne le Sénégal dans un tel schéma ? son statut d’entreprise franche impose à NEO d’exporter 80% de sa production ; elle ne contribuera donc pas à l’approvisionnement du pays en énergie durable.
4. Que gagnent les paysans dans un tel schéma ? Le prix qu’elle offre, de 72 FCFA/kg, sachant que sur des terres « marginales » la production ne dépassera jamais 1 à 1.2 t/ha, rémunère-t-il le travail d’entretien pendant les 3 à 5 premières années de croissance, de récolte ?
5. Quels sont ces 20.000 emplois « directs » que l’entreprise va « créer » ? Le département de Gossas ne compte que 150.000 habitants, enfants et vieillards confondus ! Il s’agit très certainement de la main d’oeuvre nécessaire pour exploiter les 60.000 ha ciblés. Avec en moyenne 3 ha par personne, le revenu généré est de 260.000 FCFA/an : peut-on considérer avoir « créé » un emploi lorsque celui-ci n’est rémunéré qu’à hauteur de 20.000 FCFA/mois ? Et encore, on n’a pas pris en compte ici l’intérêt des paysans qui auront mis à disposition leur patrimoine foncier (si on applique les pratiques traditionnelles, il devrait percevoir la moitié des revenus...) ?
Depuis 5 ans est entrain de mûrir dans le département de Foundiougne une alternative à l’agression des agroindustriels.
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